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20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 15:51

Emily Kame KNGWARREYE

      Emily Kame Kngwarreye (c.1910 - 1996) est la figure emblématique de la communauté d’Utopia. Elle a commencé à peindre à près de 80 ans. Cette vieille dame du désert, coiffée de son bandana, fut la première femme artiste aborigène à devenir une véritable “star”. Au cours de sa courte vie artistique, sans jamais abandonner ses obligations traditionnelles et rituelles, elle a exploré plusieurs styles, de plus en plus dépouillés, adaptant sa technique aux limitations physiques liées à son âge. Mais toujours avec une puissance, une énergie, une liberté onirique, une poésie et un sens de la couleur phénoménaux.

     Au milieu des années 1970, elle débuta sur le batik. Sur toile, elle commença par des fresques pointillistes destructurées. Elle évoque le foisonnement de la végétation en jetant sur la toile, comme des confettis, un semis de points méticuleux. Les motifs floraux forment des champs de fleurs suspendus entre la terre et le ciel. La gamme de couleurs, le rendu, proposent une esthétique qui évoquent aussi bien l’impressionnisme que l’iconographie florale japonaise. Bientôt, sous le tapis de fleurs, apparurent en transparence des structures discrètes, des réseaux, des entrelacs de racines labyrinthiques, auxquels s’accrochent les points, comme des fleurs aux treillages : ce sont les rhizomes de l’igname,  ou “Anooralya”, thème central dans l’œuvre de l’artiste puisque celle-ci est la responsable rituelle du territoire sacré d’Alalgura, près de la communauté d’Utopia, auquel ce Rêve est rattaché. Les points devinrent des lignes, brossées et non plus pointillées, les réseaux occupant tout l’espace, formant des entrelacs de couleurs vives, une danse parfaitement maîtrisée et pleine d’énergie.

     Dans une troisième période, elle épura son dessin, pour proposer des à-plats de couleurs brossés, évoquant les Nymphéas de Monet. Enfin, avant sa mort, elle revint aux rubans alignés, croisés ou entrelacés, cette fois en noir et blanc, minimalistes.


       Ce tableau qui date de la troisième période de l’artiste évoque le Rêve de l’Anooralya, cette tubercule dont les fleurs s'appellent Kame, le nom tribal d’Emily. L’œuvre représente les fleurs de l’igname au printemps et donne l’impression que celles-ci sont en train d’éclore littéralement sous nos yeux, grâce à l’emploi de couleurs vives. L’igname semble étendre ses racines sous le sol, jusqu’aux entrailles de la terre. L’impression de profondeur est accentuée par le jeu de superpositions des lignes symbolisant le “déferlement” de la végétation environnante.

      L’une des finalités de l’art aborigène est d’être pédagogique. En représentant la fleur à divers stades de maturité par le biais des différentes couleurs employées, l’œuvre permet aux plus jeunes de comprendre le cycle de vie des plantes qui sont une source majeure d’alimentation dans un milieu aride hostile. Cette connaissance est également enseignée par le biais de chants au cours de cérémonies initiatiques dites « Awelye ».

Voir cette oeuvre sur le site de la galerie Arts d'Australie • Stéphane Jacob.

Voir les oeuvres des artistes d'Utopia.

 

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12 janvier 2017 4 12 /01 /janvier /2017 11:12

Kathleen Petyarre, "Mountain Devil Lizard Dreaming", colleciton Musée des Confluences, Lyon

 

 

 

 

(Kathleen Petyarre, "Le Rêve du Lézard Sauvage", Collection Musée des Confluences, Lyon)

Suite du post sur la collection Kaplan & Levi.

Ces deux collectionneurs américains passionés d'art aborigène ont fait dont d'une oeuvre de Kathleen Petyarre au Metropolitan Museum de New York. Cett artiste occupe une place importante dans la peinture aborigène contemporaine : née au début des années 1940 elle appartient en effet à la génération qui a participé au développement de celle-ci, à Papunya, Yuendumu, puis dans le reste du désert australien à partir de 1970. Elle-même est originaire du territoire Atnagkere situé au Nord-est d'Alice Springs et c'est à la fin des années 1970 qu'avec un groupe de femmes d'Utopia elle apprit tout d'abord la technique du batik avant de confier à la toile les motifs secrets hérités du Temps du Rêve, tout en animant des mouvements de revendication territoriale alors en plein essor. C'est ainsi qu'elle participa tout d'abord à des expositions collectives de batik (1980 : Utopia Batik, Mona Byrne's Artworks Gallery, Alice Springs) puis de peintures (en 1989 pour la première et depuis régulièrement aussi bien en Australie qu'aux Etats-Unis – Boston, en 1990 ; Passadena, en 1990 etc – et en Europe – Allemagne, Pays-Bas, etc.). Sa première exposition personnelle en Australie date de 1996 et depuis son talent n'a cessé de s'affirmer comme en a témoigné, par exemple, la grande exposition de 2001 "Genius of the place" commentée par le livre-catalogue éponyme de Christine Nicholls et Ian North. Reconnue comme une des plus grandes artistes aborigènes, Kathleen Petyarre a également reçu de nombreuses distinctions telles le Vizy Board Prize en 1997, le People's Choice Award en 1998, etc.

Kathleen Petyarre, Stéphane Jacob, Abie Loy

Tout au long de sa vie, Kathleen Petyarre est retournée régulièrement dans sa communauté d'origine où elle initiait les femmes du clan à l'art de peindre. Elle est en effet la gardienne d'un mythe hérité du Temps du Rêve, celui de la Femme-Lézard Arnkerrth, dont les lézards du déserts appelés "Moutain Devils" (à cause de leurs piquants semblables à des cornes) sont l'incarnation actuelle. Arnkerrth, gardienne de mines d'ocres servant à réaliser des peintures corporelles ou sur sol, est aussi une divinité législatrice qui a fixé les règles de vie pour les femmes du clan de l'artiste. C'est donc un devoir pour celle-ci de la célébrer en organisant des cérémonies religieuses mais aussi en réalisant des peintures évoquant ses déplacements dans le désert et les sites devenus sacrés où elle s'est arrêtée.

Nous sommes fiers d'avoir fait découvrir en France le travail de Kathleen Petyarre et d'avoir facilité l'entrée d'une de ses oeuvres majeures dans les collections du musée des Confluences. Cette oeuvre est d'ailleurs reproduite dans "Aborigenes. Collections australiennes contemporaines du Musée des Confluences (Lyon)" co-écrit par Wally CARUANA, Barbara GLOWCZEWSKI, Pierre GRUNDMANN, Stéphane JACOB, Jessica de LARGY HEALY, Arnaud MORVAN.

Kathleen Petyarre nous a fait la joie de venir commenter en public en 2010 pendant le Parcours des Mondes (voir photos) une de ses oeuvres et de nous parler de son territoire sacré avant d'entamer une résidence d'artiste à Daoulas à l'occasion de l'exposition "Grand Nord-Grand Sud. Artistes Inuits et Aborigènes", à l'Abbaye de Daoulas (Bretagne) montée en collaboration avec le musée des Confluences. Une vidéo avait été tournée à cette occasion montrant Kathleen et sa petite-fille, Abie Loy, en train de peindre (visionner la vidéo ici).

Lire sur le site du MET l'annonce de l'arrivée de huit peintures aborigènes.

Voir des oeuvres des artistes d'Utopia.

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Présentation

  • : Le blog de la galerie Arts d'Australie • Stéphane Jacob, Paris
  • Le blog de la galerie Arts d'Australie • Stéphane Jacob, Paris
  • : Stéphane Jacob, diplômé de l'Ecole du Louvre, spécialiste de l'art australien contemporain, Expert C.N.E.S. en art aborigène, a créé en 1996 la galerie Arts d'Australie · Stephane Jacob en France à Paris dans le XVIIe arrondissement.Expert en art aborigène.Membre de la Chambre Nationale des Experts Spécialisés en Objets d’Art et de Collection (C.N.E.S.)Membre du Comité Professionnel des Galeries d'ArtSignataire de la Charte d’éthique australienne Indigenous Art Code / www.artsdaustralie.com
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