Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 10:40

Après avoir été présentées pour la première fois en Europe dans le cadre du Parcours des Mondes 2012 par la galerie Arts d'Australie • Stéphane Jacob, les poteries Bagu créées par les artistes aborigènes de la communauté de Girringun, dans le Queensland, sont présentées pour la première fois en Belgique au salon Art Gent.

 

8.jpg

 

 

Ce n’est qu’en 2009 que les artistes de Girringun ont révélé leurs oeuvres au public australien, à l’occasion de la Cairns Indigenous Art Fair, où ils ont remporté un très vif succès tant auprès de la critique que des collectionneurs.
Les Bagu étaient à l’origine des planchettes à feu. Elles étaient traditionnellement composées de deux parties, le Bagu (corps) et le Jiman (bâtonnet). Ces objets avaient une valeur sacrée en raison des pluies diluviennes qui s’abattent régulièrement dans cette région tropicale. Ils étaient transportés au gré des déplacements par ce peuple nomade. Les femmes n’avaient pas le droit des les manipuler, seul un homme désigné par le groupe avait la charge exclusive du feu et devait faire en sorte que celui-ci ne s’éteigne jamais, car le bois environnant était la plupart du temps humide. Outre la cuisson des aliments, le feu servait à se réchauffer, confectionner des armes et était au centre des cérémonies. Il permettait également de renforcer les liens sociaux tout comme les sources d’eau dans les zones arides.
Les Aborigènes du Queensland donnèrent à ces planchettes une forme anthropomorphe en hommage à l’esprit du feu – Chikka-bunnah – qui, selon la légende, lançait des bâtons (jiman) en flamme à travers le ciel. Si autrefois on utilisait exclusivement le bois pour les réaliser, les artistes de ce centre d’art qui expérimentent sans cesse de nouvelles techniques ont récemment choisi d’utiliser la glaise pour s’exprimer. C’est ainsi que les femmes ont eu le droit d’en fabriquer à leur tour.

 

Voir toutes les céramiques Bagu présentées à Art Gent

 

Venez découvrir ces oeuvres sur le stand L-106 de la galerie Arts d'Australie • Stéphane Jacob.

 

Art Gent / Lineart 2012

du 30 novembre au 4 décembre 2012

Stand L-106

Flanders Expo, Gand – Belgique (GPS : Adolphe Pégoudlaan, 9051 Gent)

aller sur le site du salon

 

 

 

 

Stéphane Jacob dirige la galerie Arts d’Australie • Stéphane Jacob. Expert en Art Aborigène, Membre de la Chambre Nationale des Experts Spécialisés en Objets d’Art et de Collection (C.N.E.S.) et du Comité professionnel des galeries d'art. Co-auteur du catalogue des collections du musée des Confluences de Lyon  et de l'ouvrage "La peinture aborigène" aux nouvelles Editions Scala. Signataire de la charte d’éthique australienne Indigenous Art Code, il s’attache depuis 1996 à faire connaître l’art  aborigène d’Australie.

 

Partager cet article
Repost0
23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 14:02

peinture-aborigene-walter-brown-yuendumu-warlukurlangu.jpg

Walter Brown JANGALA, "Yumari Jukurrpa - Rêve de Yumari", acrylique sur toile, 122 x 91 cm, Yuendumu, 2009

 

Jeune artiste émergeant de la communauté de Yuendumu, Walter Brown fait montre d’un grand talent dans cette oeuvre qui évoque le site sacré de Yumari, lieu d’une union interdite entre un homme du clan Japaljarri  et une femme du clan Nangala.
Les cercles concentriques qui s’étalent sur la toile symbolisent les nombreux trous d’eau que l’on trouve dans les rochers de Yumari. Les lignes symbolisent les chemins qui relient ces trous d’eaux et qui furent parcourues par les  ancêtres au Temps du Rêve. Ce périple est évoqué à l'aide de motifs simples (lignes et cercles) mais savamment combinés qui représentent, vues de haut, les itinéraires qu’il faut encore aujourd’hui suivre pour faire vivre la Terre. L’œuvre dessine ainsi une véritable carte initiatique du pays.

Voir des détails de cette oeuvre sur notre site.

 

Stéphane Jacob dirige la galerie Arts d’Australie • Stéphane Jacob. Membre de la Chambre Nationale des Experts Spécialisés en Objets d’Art et de Collection (C.N.E.S.), co-auteur du catalogue des collections du musée des Confluences de Lyon et signataire de la charte d’éthique australienne Indigenous Art Code, il s’attache depuis 1996 à faire connaître l’art et les artistes contemporains d’Australie.

Partager cet article
Repost0
10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 11:37

peinture-aborigene-australie-geraldine-granites.jpg

Geraldine Granites Napangardi, "Mina Mina Jukurrpa - Ngalyipi", acrylique sur toile, 76 x 46 cm, Warlukurlangu, 2010

 

Vivant à Yuendumu depuis sa plus tendre enfance, Geraldine Granites Napangardi rend hommage à travers son œuvre aux mythes de son peuple. Ici c’est le site sacré de Mina Mina qui est évoqué.
Les petits traits qui entourent les motifs en forme d’étoile insufflent à cette toile une joie et une vigueur qui ne sont pas sans rappeler les oeuvres de Keith Haring.
Comme la plupart des artistes du Désert Central, Geraldine Granites  a recourt au "dot painting", ou pointillisme, qui s'inspire des peintures sur sol traditionnellement réalisées à l'occasion de cérémonies rituelles. L’effet vibratoire qui en résulte donne l’idée même de la vie et rappelle que pour les Aborigènes, le Temps du Rêve n’appartient pas au passé, mais qu’éternel présent dont l’art et les rites religieux assurent la permanence, il est avant tout création continue et énergie.

 

Voir des détails photographiques de l'oeuvre sur notre site Internet.

 

 

Stéphane Jacob dirige la galerie Arts d’Australie • Stéphane Jacob. Membre de la Chambre Nationale des Experts Spécialisés en Objets d’Art et de Collection (C.N.E.S.), co-auteur du catalogue des collections du musée des Confluences de Lyon et signataire de la charte d’éthique australienne Indigenous Art Code, il s’attache depuis 1996 à faire connaître l’art et les artistes contemporains d’Australie. 

Partager cet article
Repost0
6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 11:18

peinture-aborigene-australie-Dymphna-melville.jpg

Dymphna KERINAUIA, "Kayimwagakimi jilamara", Pigments naturels sur toile, 90 x 70 cm, 2005

Originaire de l’île de Melville, au large de la côte septentrionale de l’Australie, Dymphna Kerinauia s’est inspirée pour cette toile des peintures dont les Tiwis de cette région se couvrent le corps pour accomplir les actes les plus sacrés de leur culte.

Mélange de lignes et de points réalisés à l’aide de pigments naturels (ocre rouge, kaolin, charbon de bois), les dessins ainsi réalisés fonctionnent comme un code en liaison avec les histoires du Temps du Rêve qu’ils évoquent de manière mystérieuse mais  renvoyant à peu près toutes au Grand Ancêtre Purukuparli, inventeur des rites tiwis.

 

Voir des détails de l'oeuvre sur notre site Internet

 

Stéphane Jacob dirige la galerie Arts d’Australie • Stéphane Jacob. Membre de la Chambre Nationale des Experts Spécialisés en Objets d’Art et de Collection (C.N.E.S.), co-auteur du catalogue des collections du musée des Confluences de Lyon et signataire de la charte d’éthique australienne Indigenous Art Code, il s’attache depuis 1996 à faire connaître l’art et les artistes contemporains d’Australie.

Partager cet article
Repost0
5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 09:29

peinture-aborigene-wandjina-australie.jpg

Lily Mindindil KARADADA, "Wandjina - le Faiseur de Pluie", Pigments naturels sur toile, 80 x 160  cm, 1996

 

 

Originaire de la région des Kimberleys au Nord-Ouest de l'Australie, Lily Karadada évoque dans cette œuvre les Grands Ancêtres Wandjina. Pour les aborigènes, ces divinités-oiseaux sont des esprits de la pluie venus du large qui assurent la fertilité des territoires qu'ils protègent.

Au Temps mythique du Rêve où l'Australie fut créée, deux enfants de la région de Turkey Creek auraient capturé un esprit Wandjina. L'ayant fait tournoyer dans les airs, ils le projetèrent au loin et des plumes du Wandjina leur restèrent dans la main. Pour se venger, le Wandjina se transforma en épais nuage et, aidé du Serpent-Arc-en-ciel, déclencha un terrible cyclone qui emporta les deux enfants irrespectueux. Depuis cette époque, le caractère bienveillant des esprits Wandjina se double donc d'un aspect destructeur. C'est d'ailleurs pour conjurer celui-ci que les aborigènes représentent les Wandjina sans bouche : les ouragans sont en effet censés naître de leur bouche.

A l'origine, les esprits Wandjina étaient représentés sur la parois de rochers ou de grottes sacrées. Les aborigènes les transposèrent ensuite sur écorce, joignant aux images de Wandjina celles de personnages, d'animaux et d'objets liés à tel aspect de la légende des Wandjina ou à tel aspect de leur culte.

Vous pouvez voir cette oeuvre avec des détails photo sur notre site Internet en cliquant ici.

 

 

Stéphane Jacob dirige la galerie Arts d’Australie • Stéphane Jacob. Membre de la Chambre Nationale des Experts Spécialisés en Objets d’Art et de Collection (C.N.E.S.), co-auteur du catalogue des collections du musée des Confluences de Lyon et signataire de la charte d’éthique australienne Indigenous Art Code, il s’attache depuis 1996 à faire connaître l’art et les artistes contemporains d’Australie.

Partager cet article
Repost0
2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 10:49

peinture-aborigene-australie-tess-napaltjarri.jpg

Tess Ross NAPALTJARRI, "Wardapi Jukurrpa - Yarripurlangu", Acrylique sur toile, 152 x 76 cm, Warlukurlangu Artists, 2011

 

Originaire de la communauté de Yuendumu, Tess Ross Napaltjarri nous présente avec cette toile sa propre vision très colorée du Rêve du Varan. Au Temps du Rêve, alors qu’un groupe de femmes Warlpiri étaient assises en cercle, un homme Japangardi, Wamaru, de la région du Mont Theo s’approcha d’elles. Il voulait prendre une des femmes du groupe, Yurlkurinyi, alors qu’elle n’était pas compatible avec son clan. Il alla faire l’amour avec elle sur une colline qui devint alors jaune et blanche. Lui-même et toutes les femmes se transformèrent en varans, ou Wardapi.

C'est exactement le même thème qui est traité dans la toile ci-dessous, pourtant l'artiste nous offre une oeuvre tout à fait différente, montrant ainsi la prodigieuse créativité des peintres aborigènes qui sans cesse renouvellent leur mode d'expression.

Vous pouvez admirer ces deux oeuvres à la galerie Arts d’Australie • Stéphane Jacob - expert en art aborigène - signataire de la charte d’éthique australienne Indigenous Art Code

 

peinture-aborigene-warlukurlangu.jpg

Tess Ross NAPALTJARRI, "Wardapi Jukurrpa - Yarripurlangu", Acrylique sur toile, 122 x 76 cm, Warlukurlangu Artists, 2011

Partager cet article
Repost0
16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 13:23

stand-art-paris.jpg


La dernière édition d'Art Paris Art Fair qui s'est tenue au Grand Palais a été l'occasion pour la galerie Arts d’Australie • Stéphane Jacob de présenter les oeuvres les plus récentes de Kathleen Petyarre et Abie Loy Kemarre.

 

Retrouvez ici les photographies de notre stand.

 

 

 

Arts d’Australie • Stéphane Jacob - expert en art aborigène - signataire de la charte d’éthique australienne Indigenous Art Code

Partager cet article
Repost0
3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 09:19

Proche parente des femmes artistes qui ont fait la renommée de l'école d'Utopia - Ada Bird Petyarre, Gloria Petyarre,  Kathleen Petyarre et Emily Kame Kngwarreye -, Abie Loy Kemarre est née en 1972 (ou 1974) au cœur du désert australien dont elle propose depuis 1994 les superbes évocations colorées. Cette salle en présente une sélection.

Comme on le sait, Utopia fut d'abord une coopérative de batik dont les animatrices décidèrent dans les années 1970 de reproduire sur toile les motifs traditionnels qu'elles réalisaient déjà pour leur travail d'impression sur soie et c'est par ces femmes qu'Abie Loy fut initiée à la peinture – et aux secrets des rêves nourrissant cette peinture.

De l'art aborigène contemporain, les occidentaux perçoivent en effet avant tout les effets esthétiques et l'œuvre d'Abie Loy témoigne bien de toutes ces qualités qui font une grande artiste : force de la composition, maîtrise des formes, sûreté du dessin à main levée, qualité des couleurs, subtilité de leur application sur la toile.

Mais pour des artistes comme Abie Loy, cette perfection doit tout à son substrat religieux de célébration : de la terre australienne, de ceux qui l'ont créée, des exploits dont ils ont laissé le souvenir aux êtres humains - charge à eux de les commémorer dans des cérémonies où la danse, le chant, la peinture (initialement sur sol), se conjuguent en un hymne total.

Ici, peindre est donc autant un acte de foi que la recherche de la qualité plastique la plus grande car le beau et l'utile (ou l'efficace religieux) sont les deux faces d'un même acte qui fait exister l'objet, le site ou les êtres représentés, pour qu'ils témoignent de l'éternel présent de ce mouvement de création qu'on a appelé le Dreamtime – ou Temps du Rêve.

 

Son travail tout à fait remarquable explique sa présence dans la plupart des collections privées et publiques australiennes ainsi que dans plusieurs collections publiques au niveau international notamment celle du très prestigieux Bridgestone Museum of Art de Tokyo (Ishibashi Foundation) ou du Musée des Confluences à Lyon où la galerie Arts d’Australie • Stéphane Jacob a fait entré une de ses oeuvres utilisée d'ailleurs pour illlustrer la couverture du livre consacré aux collections australiennes contemporaines du Musée des confluences.

Vous pourrez voir sur notre site - entre autres - les nouvelles oeuvres qu'Abie Loy a peintes en 2012.

Abie-Loy-KEMARRE_Awelye_1384279799.jpg

Abie Loy KEMARRE, "Awelye", acrylique sur toile, 122 x 122 cm, 2012

 

Arts d’Australie • Stéphane Jacob - expert en art aborigène - signataire de la charte d’éthique australienne Indigenous Art Code

Partager cet article
Repost0
27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 11:02

Dans cette toile le grand Paddy Stewart retranscrit une cérémonie religieuse encore pratiquée aujourd'hui qui a pour but de prévenir les membres de son clan des dangers d'une relation amoureuse illicite. La légende raconte qu'au Temps du Rêve, un homme séduisit une femme qui lui était interdite du fait de lois claniques. En guise de punition, les deux amants furent transformés en deux rochers que l’on peut voir aujourd’hui sur le site de Ngarlu.
Les formes en « U » que l’on retrouve au centre de la toile représentent les participants de la cérémonie pendant laquelle on rejoue les épisodes du mythe. Les quatre étranges motifs placés en étoile évoquent des fuseaux sur lesquels sont enroulées des cordelettes de cheveux humains que l’on fait tourner tout en chantant et en dansant.

2376

Arts d'Australie • Stéphane Jacob. Expert CNES en art aborigène australien.

Signataire de la charte d’éthique australienne Indigenous Art Code

Partager cet article
Repost0
13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 13:28

 

Dindes de garde


Le travail de Dennis Nona, artiste contemporain australien, s’expose actuellement à Paris. (*NDLR à Rochefort jusqu'au 31 décembre 2011)  Natif des Îles du Détroit de Torres, entre le Cap York et la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les oeuvres de ce graveur-sculpteur nous accompagnent sur ces rives océaniennes où les ancêtres, présents en toutes choses, s’expriment encore dans le rêve des hommes et la réalité du monde.

Dindes de garde

A priori, rien ne me prédisposait à m’aventurer du côté des aborigènes d’Australie. D’abord, la perspective des vingt-quatre heures enfermée dans une carlingue volante ; ensuite l’avalanche de clichés associés au pays - du récital de didgeridoo aux tournois de boomerang, des touristes déchiquetés par des reptiles du jurassique ou des requins-marteaux, sans compter les veillées de biture dans des bars clignotants remplis d’écrans plasma où des brutes en short, rougeaudes et trapues, hurleraient des chants de stade dans un miasme de bière - tout cela, en effet, ne m’y encourageait pas. Même la curiosité d’approcher les monolithes de grès rouge sous lesquelles des visions rupestres dévoileraient leurs figures secrètes de charbon lié au sang - même cet appétit-là, pourtant insatiable, ne suffisait à mettre mon désir en route pour cette contrée lointaine.

Puis il y eut Brodzinski.
Tom Brodzinski, inculpé de meurtre pour avoir distraitement jeté son dernier mégot sur le crâne d’un retraité.
L’attentat eut lieu au début du livre de Will Self*, l’un des auteurs britanniques les plus stimulants d’aujourd’hui. S’il y est question d’une affaire démentielle où pigeon d’outre-mer, savant mégalo, blancs dégénérés et indigènes tyranniques s’empoignent pour sauver au mieux leurs intérêts, l’histoire nous emmène sur une île-continent qui ressemble fort à l’Australie. Ses nombreuses tribus et sous-clans rivaux, ses métissages embrouillés, son vieux racisme colonial et son folklore rituel, donnent le ton à ce roman survolté que seul un auteur comme Will Self est capable de pondre. Et c’est grâce à lui, grâce aux tribulations du héros dans cet univers hallucinatoire, que l’idée me vint d’aller voir de plus près de quoi l’Australie retournait.

L’occasion se présenta sous la forme d’une exposition temporaire de Dennis Nona, artiste australien dont j’avais entendu parler mais dont j’ignorais le travail. La conjonction Nona-Brodzinski, incongrue si l’on considère qu’ils sont la thèse et l’antithèse du sujet, les deux contrastes complémentaires d’une même réalité transmutés par la création artistique - cette mise en branle du cerveau droit dont personne n’a encore démonté les ressorts. Après m’être délectée de l’Océanie brodzinskienne, il me fallait un contrepoids pour retrouver l’équilibre du funambule. La chose fut entendue par le truchement de Nona.

L’artiste vient d’un îlet du bout du monde qui, à contempler ses estampes et sculptures, doit ressembler au paradis perdu de nos lointains aïeux. Quelque chose qui aurait un goût de Bounty et la température d’un bord de mer tropical qu’une brise légère, délicatement parfumée de vanille, viendrait effleurer les soirs de barbecue. Les flots auraient livré avec discernement leurs offrandes de pêche, et le large, au lointain, accueillerait pour la nuit la volée descendante d’un soleil d’orpiment. Les esprits des ancêtres, flânant dans les parages, seraient en quête d’une conscience en éveil pour lui chuchoter mémoires héroïques et recettes perdues. Des canoës constellés de motifs occultes côtoieraient des tortues et des raies pastenague dont les bonds hors de l’eau révèleraient des augures que seuls les initiés seraient à même de comprendre. Les étoiles et la lune deviendraient les témoins d’une douceur primitive à nulle autre pareille qu’un flûtiste en queue-de-pie achèverait d’illustrer d’un adagio limpide en guise de somnifère.

Sur ce, déboulerait une bestiole hystérique qu’un staccato rageur précipiterait dans mes jambes. Perché sur deux pattes de volaille ("dinde du bush", nous dit-on), le machin - un crâne humain gravé de pictogrammes - tressauterait comme un damné dans les braises de l’enfer. Un pif cyranesque à plumes de casoar rehausserait ses yeux d’aruspice étouffant un tumulte de cris suraigus. L’audace de ma présence serait annoncée au village et je palperais mes poches en vue d’une compensation. Je doute qu’un Pass Navigo ou qu’un Kiss-Cool collé dans un vieux ticket de caisse fassent l’objet d’un troc effréné de la part de mes hôtes parce que là, les enfants, finie la rigolade, nous ne sommes plus dans un sketch naturiste du film Le Lagon Bleu.

La culture ancestrale de Nona ne vivait pas de vocalises en tressant des paniers. Véritables chasseurs de têtes, ce peuple de la mer collectionnait des crânes d’ennemis glanés au gré de rixes et d’incursions dans les tribus voisines. Les trophées rapportés, ornés d’accessoires de nacre, servaient ensuite de monnaie d’échange avec les Papous au-delà du détroit. Les preux défunts de la lignée transmettaient aux enfants leur puissance guerrière en offrant ainsi leur tête décapitée. On y grattait ensuite la zone frontale pour en extraire de la poudre d’os qu’on transformait ensuite en pâte fortifiante. Bébé enfournait alors sa bouillie miraculeuse qui lui permettrait d’égaler les héros de son clan.

L’artiste matérialise cet univers séculaire en réactualisant les traditions et les mythes de chez lui. Travaillant le bronze, l’aluminium et le cuivre, il en fait surgir une faune fantastique où l’homme harmonise ses valeurs et son âme au milieu qui l’entoure. Ses estampes participent de la même impulsion, guidée la nuit par son grand-père, avec des plantes surnaturelles inondant l’espace, des astres aux rayons vivifiants et des totems animaliers sur des coquillages trompette. La grâce du trait et l’élégance chromatique, délicatement rendues par le difficile procédé à l’eau-forte, où la plaque de métal appliquée sur un papier épais laisse une empreinte en creux sur son grain duveté. C’est un monde onirique parfaitement abordable que l’artiste nous propose au travers de ses oeuvres ; un songe rempli d’un passé déclinant mais que lui, fils prodige de ces îles céruléennes, réinvente fidèlement pour nous l’offrir intact sous un ciel plus laiteux.



"Dennis Nona. Entre ciel, terre et mer ou le mythe revisité. Îles du Détroit de Torres, Australie. Oeuvres récentes : estampes et sculptures"
Ambassade d’Australie à Paris, du 27 janvier au 20 mai 2011.
Musée d’Art et d’Histoire de Rochefort, du 30 juin au 31 décembre 2011.

Galerie Arts d’Australie-Stéphane Jacob : www.artsdaustralie.com/

* SELF, W., No Smoking, Editions de l’Olivier, 2009.

Photographies
Yati Kuik, 2006, bronze, nacre et plumes, 28 x 23 x 30 cm, Collection The Australian Art Print Network, Sydney.
Tura Nagaï, 2009, eau-forte, 71 x 110,5 cm, Collection The Australian Art Print Network, Sydney.

Dindes de garde
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de la galerie Arts d'Australie • Stéphane Jacob, Paris
  • : Stéphane Jacob, diplômé de l'Ecole du Louvre, spécialiste de l'art australien contemporain, expert C.N.E.S. en art aborigène, a créé en 1996 la galerie Arts d'Australie · Stephane Jacob en France à Paris dans le XVIIe arrondissement. Expert en art aborigène. Membre de la Chambre Nationale des Experts Spécialisés en Objets d’Art et de Collection (C.N.E.S.) - Membre du Comité Professionnel des Galeries d'Art - Officier honoraire de l’Ordre d’Australie Retrouvez-nous sur www.artsdaustralie.com
  • Contact

Recherche

Liens